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(…) Je suis le 6 février 1925 à St. Ciers sur Bonnieure (canton de Mansle en Charente) où ma mère, accompagnée de mon frère à peine âgé de deux ans, était venue se réfugier chez l’un de nos oncles paysans, après la mort accidentelle de mon père (ancien combattant de la Grande Guerre), survenue à Avignon, six mois auparavant. Après ma naissance, nous sommes allés nous installer dans le quartier de St. Cybard, à Angoulême, dans un bien modeste logement, derrière l’Ecole Mario Roustan. Notre mère a finalement trouvé un emploi d’ouvrière à l’usine qui produisait le papier à cigarette RIZ LACROIX. Dès qu’il eut obtenu son Brevet Elémentaire à l’Ecole Primaire Supérieure de Sillac, mon frère se fit admettre à l’Ecole des Apprentis de la Fonderie d’Artillerie Navale de Ruelle, afin de contribuer à l’entretien de notre modeste foyer tout en préparant, sans qu’il en coûte rien, son entrée à la Maistrance afin d’entrer dans la Marine Nationale, la carrière dont il rêvait. Quant-à moi – 15 ans en 1940 – j’en étais encore au stade de l’initiation au modèle réduit dans le cadre du programme dispensé à l’Ecole de Sillac, au titre de « l’Aviation Populaire », quand survint la débâcle… Je n’ai jamais obligé la rage et la honte qui m’ont saisi lors de l’entrée des troupes allemandes à Angoulême. Dès la rentrée scolaire qui suivit, il m’a bien fallu partager « mon » école avec l’envahisseur arrogant. Quant à la fonderie de Ruelle, son personnel en fut naturellement chassé par les spécialistes teutons accourus pour piller le précieux outillage de précision et l’expédier outre Rhin. Nous avions découvert, oublié dans une caisse, le pistolet de mon père, qu’il avait ramené de la Grande Guerre. Cette relique était devenue pour nous et pour deux très proches camarades de mon aîné (qui brûlaient d’agir sans trop savoir comment) le plus exaltant des symboles. De là « pour faire (enfin) quelque chose » - comme il le dit dans son dernier message – l’idée d’effectuer un acte de sabotage symbolique lui parvint : incendier, en gare des marchandises, le dépôt de paille où s’alimentait le parc hippomobile de la Wehrmacht. Nous imaginions que l’incendie ne manquerait pas de s’étendre aux munitions, attendant à proximité de la paille, d’être enlevées par les unités auxquelles elles étaient destinées. Cette disposition avait été soigneusement repérée du haut de la passerelle qui, à l’époque, surplombant le vaste enchevêtrement de rails et de plaques tournantes qu’était la « Gare de l’Etat », permettait aux habitants de l’Houmeau de se rendre en ville sans pour autant faire un trop long détour… Dans la nuit du 20 au 21 sept. 1941, l’exécution de projet de sabotage par mon frère et Jean-Jacques RIVIERE tourna au désastre… Quant-à moi, opportunément absent d’Angoulême dans la nuit du drame – pour cause de ravitaillement chez un oncle fermier, du côté de Montmoreau – je fus, par chance, dédaigné par la police venue perquisitionner chez nous, sans doute en raison de ma jeunesse. Par la suite, malgré mon désir obsessionnel de rallier la France Libre pour venger mon frère, il me fut fermement conseillé par mes protecteurs, de ne pas trop me montrer… Alors que dans l’isolement, je ruminais mon impuissance, mon professeur de Français de Sillac vint m’exhorter à réagir. Elle me dit qu’après avoir obtenu mon brevet, il fallait absolument que je poursuive jusqu’au BAC (dont je passais la première partie en 1943). Durant ce laps de temps, je commençais à servir d’agent de liaison pour établir des contacts avec des résistants qui se cherchaient ou pour porter, à bicyclette, à Mademoiselle NADAUD, (institutrice à Châteauneuf) des messages destinés à Londres et qu’un « Lysander » de la R.A.F., en liaison avec le B.O.A. de René CHABASSE, venait nuitamment recueillir sur un terrain de fortune, près d’Angeac. Mais j’avais le sentiment que je pouvais en faire beaucoup plus.
1943, marque une vague d’arrestation qui disloqua la résistance en Charente. (…) Mademoiselle MIR que la menace grandissante d’être emportée par cette vague n’avait pas du tout l’air d’affoler, décida donc, pour ma plus grande joie d’organiser mon évasion par l’Espagne. Via son Ariège natale ! Elle m’équipa tout d’abord de pied en cap. Elle m’expliqua ensuite, après m’avoir remis mon billet, que je devrai prendre le train pour Foix, la capitale de cette Ariège. Là je descendais chez un certain M.BUGNARD, tranquille retraité et père de son amie d’enfance... Des résistants locaux viendraient me chercher chez mon hôte pour me conduire à travers la zone frontière interdite jusqu'à Auzat, le village natale de Melle MIR, où l’ami de son père, M. JAUZE, me ferait passer en Andorre à la barbe de l’occupant. J’attendis la proclamation des résultats du BAC pour partir d’un cœur léger et tout se passa comme prévu jusqu’à la frontière espagnole que je franchis le 21 août 1943, sauf que j’y fus cueilli proprement par les douaniers du Gl. FRANCO. Parti pour Londres, j’arrivais finalement à Casablanca où je contractais aussitôt un engagement volontaire (n’étant pas en âge d’être mobilisé) pour la durée de la guerre, au 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes alors en formation à Oujda (Maroc). Le contingent d’Evadés de France dont je faisais partie, y avait été brevetés en huit jours. Ce qui m’avait valu, dès lors, le droit d’arborer, avec fierté l’insigne des paras US, celui du « Brevet militaire d’aptitudes aux fonctions de parachutiste de l’Infanterie de l’Air, que m’avait décerné le Gl. BOUSCAT, chef d’Etat-Major de l’armée de l’Air, à la date du 10 janv. 1944. Après quoi, avec mes camarades fraîchement brevetés, nous avons rejoint le régiment, transféré de Fez à Bordj Ménaiel, en Kabylie, pour le rapprocher de la zone des combats à venir. Puis comme le commandement avait un gros besoin de chefs de sections pour compenser les pertes du Corps Expéditionnaire Français qui se couvrait de gloire en Italie, on m’expédia à l’Ecole d’Elèves Aspirants de réserve installée dans la Mitidja, à l’Ouest d’Alger. Mais, un jour, le Général De GAULLE qui, entre temps avait remplacé le Général GIRAUD à la tête de l’armée française renaissante, vint en inspection à l’Ecole d’Aspirant. Il réunit les élèves Evadés de France au Foyer et leur annonça que le débarquement Provence était imminent. N’ayant entrepris de rallier les Forces Françaises Combattantes que dans l’espoir de participer plus activement à la libération de la France, je déposais aussitôt ma démission de l’Ecole dans l’espoir de rejoindre le 1er RCP à temps pour participer à l’assaut annoncé. J’ai tout lieu de penser que ma demande n’eut pas vraiment l’heur de plaire au Commandement qui attendit que le Débarquement en Provence fut effectif pour m’accorder satisfaction ! Pas tout à fait d’ailleurs, puisqu’il se borna à me rayer des contrôles me délivrant l’ordre de mission laconique d’avoir à rejoindre le 1er RCP par mes propres moyens. Je n’eus pas grand mal à gagner Alger grâce à la complaisance du conducteur d’un véhicule de la Royale Air Force qui passait par-là. Mais à Alger il me fallut faire des pieds et des mains pendant plusieurs jours pour trouver une place sur un paquebot français transformé en transport de troupe qui, avec une lenteur exaspérante, finit par me débarquer à Naples après avoir emprunté le détroit de Messine. Là, ce fut sans problème que je trouvais un GMC américain pour me conduire à Rome où les Forces Aéroportées alliées étaient rassemblées et où j’appris que la veille de mon arrivée, mon régiment avait été transporté en France ! En alerte à 6H, sur l’aérodrome de Valence, il attendait qu’on lui trouve une mission à sa mesure sur les forces allemandes retraitant dans la vallée du Rhône. Le lendemain même, un « Dakota » de l’US Air Force, d’un coup d’aile m’amena enfin à Valence où l’accueil souriant du Capitaine BRECHIGNAC, mon commandant de Cie, plutôt sévère d’ordinaire, me fit chaud au cœur. Mais il fallut attendre que les forces allemandes en retraite en arrivent à s’adosser au massif des Voges, pour que les parachutistes puissent entrer en scène comme troupes de choc et d’éclairage de la 5ème DB. Ils avaient perdu, pour réduire la défense allemande, près de la moitié de leur effectif initial. A peine étions-nous alors mis au repos que Von RUNDSTED contre-attaquait, menaçant Strasbourg audacieusement libéré par la 2ème DB de LECLERC. Il fallut voler à son secours. Mais, alors que les « Tigres » et autres redoutables blindés lourds du Reich, devant notre sursaut défensif, devaient refluer sur leur base de départ, nous offrant l’opportunité d’en finir avec la poche de Colmar encore occupée, j’appris que le 2ème classe que j’étais venait d’être nommé sergent à titre exceptionnel et qu’à la veille même de l’attaque lancée pour libérer Colmar, je devais quitter mes camardes de la 1ère Cie pour aller à St. Dié, former avec un contingent de FFI volontaires une 11ème Cie de paras. C’est avec cette 11ème Cie de bleus que je suis entré dans Colmar libéré, ce qui a marqué pour moi la fin de la guerre. Car, sitôt récupéré la dernière portion du territoire occupée par l’ennemi, le Régiment de Parachutistes fut envoyé au camp d’Avord, près de Bourges pour breveter les bleus et se reconstituer en vue de l’ultime largage prévu sur l’Allemagne.
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